L'histoire explique beaucoup de choses
Du traité d'amitié au partenariat d'exception?. Sur ce thème, une conférence s'est tenue hier à Paris à l'initiative du Club des journalistes algériens de France (CJAF).

Programmé avant la polémique déclenchée par les déclarations du ministre des Moudjahidine, la conférence avait pour objet de faire le point de la relation bilatérale à la veille de la visite d'État du président Sarkozy. Le débat devait s'intéresser à la relation dans sa globalité. Il a finalement été dominé par la persistante question de l'Histoire. Et les propos de Mohamed-Chérif Abbas n'y sont pour rien même s'ils ont été évoqués et ?fermement condamnés? par les deux représentants de la gauche et de la droite. À la tribune, ont été réunis la sénatrice socialiste d'origine algérienne, Bariza Khiari, le conseiller technique à l'Élysée, également d'origine algérienne, Rachid Kaci, l'ancien ministre algérien, Abdelaziz Rahabi, et le journaliste français Jean-Pierre Tuquoi qui vient de publier à Paris un livre au titre très suggestif de France-Algérie : un couple infernal. Pour parvenir à une relation apaisée, Mme Khiari propose tout simplement de la ?normaliser?, estimant qu'il est ?possible d'avoir des relations plus saines et moins passionnées? avec la mise en place des ?éléments structurants? de la coopération. Mais comment faire pour que cette proposition ne demeure pas un v?u pieux ? La sénatrice propose de ?parler du passé avec recul?.
De préférence en laissant les historiens faire. Aux lieu et place de la ?repentance?, un terme ?religieux? et ?lourd?, selon elle, dans un pays laïque, il faut ?parler de reconnaissance des faits?. ?Il faut laisser le passé au passé?, a également estimé Rachid Kaci qui doit faire partie de la délégation accompagnant Sarkozy à Alger et figure de la droite libérale qui a été à l'origine de la loi du 23 février 2005 dont un article, abrogé depuis, glorifiait ?les aspects positifs de la colonisation?. Il a présenté la visite du président français comme un ?voyage d'apaisement? et se dit ?surpris du décalage entre la population et la classe politique? en Algérie. S'exprimant ?à titre personnel?, il a estimé que les propos de M. Abbas sont d'une ?dangerosité absolue? et qu'?on ne construira rien en jouant sur le nif, de part et d'autre? de la Méditerranée. Visiblement soucieux de solder absolument le passé, il refuse même de parler de la ?réhabilitation? d'anciens de l'OAS.
À l'opposé de cette démarche, M. Rahabi a estimé ?indispensable de dépouiller les relations de cette charge historique?, car ?nous sommes héritiers de mémoires contradictoires?, celle de la victime pour l'Algérie et de bourreau pour la France. ?Nous sommes toujours dans ce contentieux récurrent? et ?le passé est permanent dans nos relations?, a estimé l'ancien ministre en réclamant des gestes d'apaisement tous les jours. Mais pas du style de l'inauguration des ?murs des disparus? la semaine dernière à Perpignan dans le Sud. Cette ?uvre est à ranger, selon lui, dans le catalogue des gestes ?d'une extrême gravité, inamicaux et inacceptables?. ?La France doit reconnaître ses erreurs?, a-t-il tranché parce que ?la reconnaissance d'une faute fait partie de la thérapie de mon peuple?. Il a relevé des gestes positifs du côté algérien où l'on ne dénigre pas les ?piliers? de la France que sont les Victor Hugo, Lamartine ou Clémenceau qui pourtant, selon lui, ne sont pas indemnes de reproches sur la colonisation.
Une manière pour lui de regarder vers l'avenir est de permettre la ?fluidité? en matière de circulation des personnes alors que les capitaux et les marchandises circulent sans encombre. En phase avec lui, Jean-Pierre Tuquoi considère aussi que ?l'histoire explique beaucoup de choses? dans la relation entre les deux pays puisque l'Algérie a été le seul cas de ?colonie de peuplement?. Il n'est pas question de laisser le dossier aux seuls historiens et permettre ainsi aux politiques de se défausser devant leurs responsabilités. ?Il faut faire en sorte qu'il y ait une mémoire partagée qui se construise progressivement? car ?c'est ça qui va nous rapprocher?. Pour lui, il faut aussi ?multiplier? les gestes d'apaisement. En exemple, il cite le déplacement du président Bouteflika à Verdun en souvenir des morts algériens de la Première Guerre mondiale et sa participation à la commémoration du débarquement allié en Provence. Ou encore les déclarations de l'ancien ambassadeur de France à Alger, Hubert Colin de Verdière, qualifiant la répression du 8 Mai 1945 de ?tragédie inexcusable?.
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